Hommage visuel à l’écriture. À partir de « Qui a tué mon père » d’Édouard Louis (Seuil 2018)

(actualisé le ) par Joël Auxenfans

Parallèlement à la "Semaine de la lecture", les élèves ont étudié en arts plastiques une oeuvre de littérature parue cette année, ce qui constitue une ouverture à la culture contemporaine ("Porter un regard curieux et avisé sur son environnement artistique et culturel, proche et lointain..." B.O.94717).

Édouard Louis est un jeune auteur talentueux, également directeur, chez PUF, de la collection "Des mots". Il a publié également en tant que directeur de publication, un ouvrage de sociologie "Pierre Bourdieu, L’insoumission en héritage" (2013), auquel ont pris part d’autres écrivains ou chercheurs en sociologie et philosophie primés ou renommés, entre autre Annie Ernaux, prix Renaudot 1986.

L’unique livre de lui qu’ont lu à tour de rôle les élèves en classe à voix haute, "Qui a tué mon père" (Éditions du Seuil 2018), porte sur la relation d’un fils, enfant, adolescent, puis jeune homme, à son père, dans un milieu socialement défavorisé du nord de la France des années 2000.

Cette relation interrogée au père est intéressante pour des pré adolescents et adolescents. Et justement, l’attention et la participation des élèves ont été fortes en classe. Les thèmes abordés en cours, grâce au livre, ont été le racisme ; le respect de la différence ; le culte de la masculinité comme cause d’échec scolaire, d’enfermement culturel et de pauvreté ; l’ignorance source de violence, etc.

Ce travail a commencé par transposer des phrases tirées du livre, choisies par les élèves, en typographie exécutée manuellement, pour un affichage à l’échelle des espaces intérieurs du bâtiment du collège. Les lectures, discussions, choix de phrases ont intéressé. Des élèves sont venus dire que ce livre les avait fait réfléchir, d’autres en ont demandé les références, d’autres mont dit avoir fini chez eux l’interview de l’auteur dont un extrait fut visionné en classe, etc.

Ensuite, la phase de dessin a consisté à reproduire au crayon puis avec un feutre fin commandé spécialement, une phrase choisie par l’élève, en employant une police de caractère « Times », la plus classique, qui a l’intérêt de former le regard aux pleins et déliés des lettres. Mais les élèves devaient travailler aussi la composition, mot commun à la peinture, à la musique, à l’architecture, à la poésie, comme à la « composition » d’un texte.

Composer veut dire travailler les espacements, les pleins et les vides, les aplombs, la chasse (espace entre lettres) plus ou moins forte, l’interligne, toutes ces notions qui concourent à faire d’un simple pavé de texte un travail d’arts plastiques, d’arts visuels, d’arts graphiques. Une œuvre de création.

Ainsi un relai est passé de l’écriture d’un romancier à la réécriture en arts graphiques, à l’échelle d’affichages qui vont faire considérer les murs du collège fraîchement rénové, comme les pages blanches d’un livre monumental, architectural, un livre qui serait à l’échelle de la cité.

C’est ensuite cet affichage qui devient un processus long par lequel les élèves reconnaissent leur propre travail dans l’espace des circulations du collège, et en sont fiers. Cette relation à des textes de qualité et à une mise en forme visuelle travaillée, réfléchie, et qui devient un lieu habité au quotidien dans les allées et venues dans les escaliers et circulations du collège, permet une vraie réflexion sur la notion de lecture, cette pensée qui s’effectue dans le temps et dans l’espace.

Certains élèves ont procédé à l’affichage de leur propre travail, conscients de leur responsabilité et de la relation nouvelle qu’entretenait soudain, affiché, leur travail dans l’espace partagé de la chose publique.