Arrêt sur image, d’après "Les 400 coups" de François Truffaut

par Joël Auxenfans

Montrer deux créations du même artiste permet de comprendre ce qui change et ce qui continue au travers des moments de son oeuvre. On a donc visionné, de François Truffaut, "Les 400 coups" (1959) deux mois après avoir vu "Farhenheit 451" (1966), du même auteur.

"Les 400 coups" raconte, en noir et blanc, les souvenirs de l’enfance difficile de François Truffaut, du manque d’amour maternel, et de ses échecs scolaires. Le film montre également l’intensité de la révolte et du désir de liberté du jeune Truffaut, nommé dans le film "Antoine Doinel".

Le film a été analysé, discuté, puis les élèves ont dessiné une image tirée du film arrêté au hasard. Cet "arrêt sur image" comportait juste l’exigence que l’image ne soit pas trop complexe pour les élèves. Le film fait partie du programme "Collège au cinéma" du CNC.

À partir de là, les élèves ont eu à apprendre deux choses :

a) D’une part, découvrir comment on peut dessiner fidèlement les proportions de n’importe quel objet visuel (image ou objet, personne, paysage ou architecture) en employant le bras tendu, un oeil fermé et le pouce servant de "curseur" sur le crayon servant d’outil de mesure empirique. Ce report systématique et rapide des rapports de proportions de l’objet d’étude sur la feuille fait comprendre que le dessin peut être une école du regard et une ouverture sur la réalité du monde environnant. Un moyen immédiat, précis, rationnel, mais aussi malgré tout subjectif, par une mesure, somme-toute, "corporelle".

b) D’autre part, les valeurs de gris du film noir et blanc, très subtiles, ont été traitées en technique du "Lavis", qui consiste (comme le firent des peintres comme par exemple Poussin, déjà abordé) à diluer plus ou moins d’eau avec du noir, et répandre ce mélange transparent sur la feuille au pinceau. Ici, c’est la fraîcheur et la fluidité de l’application des gris qui restituent une lumière, un espace, une vie, ou un regard juste sur l’image étudiée. Ainsi un passage de relai s’opère : le film est fini et son réalisateur est mort, mais ces nouvelles images frémissantes, sont un nouveau départ, un commencement pour une image nouvelle, autre.